Exergue
Pendant des années, j’ai cru me battre contre un site qui cassait les glandes. Je ne savais pas encore que derrière les insultes, les couronnes et les micros, certains préparaient des guet-apens, des viols et des crimes.
J’ai gardé les captures. Des centaines, puis des milliers. À l’époque, cela pouvait sembler excessif. Pourquoi conserver autant de vieux écrans, de conversations, de bannières publicitaires, de listes de pseudonymes, de petits boutons colorés et de disputes écrites dans une interface devenue presque ridicule avec le temps ? Parce que je savais qu’un jour on me demanderait peut-être si j’avais vraiment vu tout cela. Parce que je savais déjà que la mémoire humaine est facile à nier quand elle n’a pas de fichier derrière elle.
Ce dossier a grossi pendant des années. Presque 800 mégaoctets. Des morceaux de nuits, de conflits, de pseudos, de micros, de webcams, de salons et de règlements que personne ne respectait vraiment. Une capsule numérique d’une époque où le web paraissait encore libre, artisanal, fou, parfois drôle, mais où se construisaient déjà des systèmes de pouvoir, d’argent et d’impunité que l’on retrouverait ensuite partout.
Je ne raconte pas cette histoire comme quelqu’un qui découvre Coco après les viols de Mazan. Je raconte cette histoire comme quelqu’un qui était déjà là au début, quand le site ne représentait encore, pour beaucoup, qu’un chat vulgaire avec un palmier, des salons aux noms douteux et des gens qui passaient leurs nuits à s’insulter.
Une image symbolique : un homme seul ne peut pas renverser toutes les puissances, mais il peut encore refuser de baisser la tête.
2003 : avant que le nom devienne un dossier judiciaire
Quand j’ai connu Coco, j’avais environ vingt-deux ou vingt-trois ans. La nuit, je m’ennuyais fermement. Je jouais à Warcraft et à d’autres jeux en réseau, mais j’allais aussi discuter sur les chats. Internet représentait déjà pour moi une ouverture, une manière de ne pas rester enfermé dans le silence du réel.
Coco ressemblait alors à une sorte d’IRC amélioré. On choisissait un pseudo, on entrait dans un salon, on écrivait, on pouvait utiliser le micro, parfois la webcam, envoyer un fichier, passer en privé. Il y avait des salons publics, des salons vocaux, des espaces protégés par mot de passe, des salons que les abonnés Premium pouvaient créer et administrer.
J’allais souvent sur Coco5, un salon où, comme son nom l’indiquait, le nombre de personnes devait rester limité. Je me souviens de pseudos comme « Je suis le lapin », une personne plus âgée qui passait beaucoup de temps sur le site. Je me souviens aussi d’un homme devenu brièvement une connaissance, avec qui j’étais parti acheter un ordinateur chez GrosBill. Il avait un 4x4, parlait d’acheter un appartement à Saint-Denis et semblait plutôt bien s’en sortir. Toutes les rencontres n’étaient pas immédiatement monstrueuses. C’est justement ce mélange qui rendait le site trompeur : le banal, l’amical, le glauque et le dangereux vivaient dans la même fenêtre.
À l’époque, je connaissais déjà les petites escroqueries. Des hommes se faisaient passer pour des femmes. Certains demandaient qu’on leur paie un billet de train. D’autres essayaient de soutirer de l’argent ou de provoquer une rencontre. Je trouvais déjà cela sale. Mais j’étais à mille années-lumière d’imaginer jusqu’où ce système pouvait conduire.
Une interface presque enfantine, un monde qui ne l’était pas
Visuellement, Coco avait quelque chose de presque grotesque. Un palmier dessiné, des couleurs pâles, des boutons simples, des petites icônes, des pseudos de toutes les couleurs. Cela ressemblait à un jouet. Mais derrière cette apparence rudimentaire, il y avait déjà tout un monde : le pouvoir, l’humiliation, la dépendance, l’argent, la surveillance, les alliances et les vengeances.
Les salons pouvaient porter des noms ouvertement sexuels, insultants ou vulgaires. Il existait notamment un salon appelé InsultoMic. Le principe était presque contenu dans son nom : on pouvait s’y insulter en direct au microphone. Les gens criaient, se provoquaient, se défiaient, se bannissaient. Le conflit n’était pas un accident du système. Il produisait de l’activité. Il faisait rester les gens. Il remplissait les salons.
Archive personnelle de 2011. Le salon public, les pseudos, les couronnes et la mention « Annonces Google » sont visibles dans la même interface.
La petite féodalité des couronnes
Le système des couronnes résume à lui seul une partie de Coco. Plus on parlait, plus on montait. Plus on restait connecté, plus on entretenait son rang. Quand on se déconnectait trop longtemps ou qu’on ne participait pas assez, la couronne redescendait, niveau après niveau.
Les couronnes allaient de 1/9 à 9/9. Elles n’étaient pas seulement décoratives. Elles donnaient du pouvoir. On pouvait voter contre d’autres utilisateurs, contribuer à leur bannissement, être protégé contre ceux qui avaient un niveau inférieur. Le document conservé dans mes archives explique qu’un total équivalent à neuf niveaux pouvait entraîner un bannissement temporaire du salon et qu’un double total pouvait conduire à une exclusion du site et à la perte des couronnes.
Les non-authentifiés ne pouvaient pas voter contre les authentifiés. Les abonnés Premium bénéficiaient d’une protection supplémentaire. Pour atteindre certains profils, il fallait disposer soi-même d’un statut comparable ou supérieur. Le système fabriquait donc une hiérarchie où le temps de connexion, l’activité et l’argent se transformaient en capacité de sanction.
Dans mes souvenirs, la couronne dorée était la plus forte. Ceux qui possédaient les rangs les plus élevés semblaient presque intouchables, tandis qu’ils pouvaient agir sur les niveaux inférieurs. À l’échelle d’un vieux chat, c’était déjà une petite société de privilèges : certains parlaient, certains votaient, certains bannissaient, certains payaient pour être mieux protégés.
Le document d’époque présente les neuf niveaux, la perte progressive des couronnes, les votes et les protections réservées aux statuts supérieurs.
Parler pour garder son pouvoir
Ce mécanisme poussait les membres à rester présents. Il fallait parler, réagir, entretenir l’activité. La couronne n’était jamais complètement acquise. Elle devenait une récompense instable, un rang qu’il fallait nourrir par la connexion.
Une de mes captures montre une conversation très simple autour de cette mécanique. Une personne explique perdre des points à chaque déconnexion. Une autre parle du Premium. En bas de l’interface, le micro est activé. Cette image paraît banale, mais elle raconte beaucoup : l’activité, le statut et la voix étaient reliés dans le même environnement.
La conversation évoque la perte de points à la déconnexion ; le bouton « Mic On » rappelle que beaucoup de choses se jouaient oralement.
InsultoMic : le vacarme comme moteur
Il faut comprendre le contexte sonore. Coco n’était pas seulement du texte. Les micros étaient centraux. Des gens s’interrompaient, criaient, insultaient, riaient, humiliaient quelqu’un devant tout le salon. Beaucoup de scènes n’ont donc jamais laissé de trace écrite. Une capture peut montrer le bouton Mic On ou Mic Off, le nom du salon et la liste des connectés. Elle ne peut pas enregistrer ce qui était prononcé à cet instant.
C’est dans ce cadre que Gisèle et moi avons entendu les incitations au clic. Je parle ici de Gisèle, une personne de mon entourage, sans aucun rapport avec Gisèle Pelicot. À plusieurs reprises, nous avons entendu des membres de l’équipe ou des modérateurs répéter au micro : « cliquez sur les pubs, cliquez sur les pubs ».
Je ne peux pas produire une capture d’une parole prononcée en direct. Il aurait fallu enregistrer précisément le flux audio au bon moment, il y a plus de quinze ou vingt ans. L’absence d’un fichier sonore ne rend pas le souvenir impossible. Elle définit simplement sa nature : ce passage relève de notre témoignage direct, répété et ancien.
Dans mon souvenir, les couronnes pouvaient aussi servir de récompense ou d’avantage dans cette économie de participation. Mes archives montrent que certaines personnes disaient recevoir des couronnes « en douce », mais je ne dispose pas aujourd’hui d’un document écrit prouvant une consigne interne officielle reliant chaque clic publicitaire à une couronne. Je ne vais donc pas transformer mon souvenir en faux document. Je distingue ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu et ce que les captures peuvent démontrer seules.
« Annonces Google » : ce que les archives montrent noir sur blanc
Sur la présence de Google, en revanche, les images parlent clairement. Plusieurs captures de 2011 portent la mention « Annonces Google » directement sur les bannières. Ce n’est pas une ressemblance vague retrouvée vingt ans plus tard. Le nom de Google est visible dans l’interface de Coco.
À l’époque, j’utilisais moi-même AdSense. Je connaissais ses formats, ses textes, ses bannières et sa manière de s’intégrer aux pages. Je savais ce que je regardais. Certaines captures montrent également des campagnes de grands annonceurs, avec des bannières nationales et des services de rencontre. Le site ne vivait donc pas uniquement de petites publicités obscures : il était intégré à un écosystème publicitaire puissant.
La mention « Annonces Google » apparaît directement sur la bannière. L’onglet InsultoMic est visible sous la publicité.
Une autre capture montre la présence d’outils de webcam et de fichiers dans le même environnement publicitaire. J’ai volontairement flouté le champ de conversation explicite. Il n’est pas nécessaire d’exposer les propos sexuels ou la vie privée d’utilisateurs pour prouver que la bannière Google, les webcams, les listes de salon et les fonctions du site cohabitaient sur la même page.
Le champ explicite a été masqué. La publicité Google, l’interface webcam et la liste publique restent visibles.
J’ai signalé, et rien ne semblait bouger
J’ai écrit à Google et à AdSense à plusieurs reprises. Je signalais les incitations au clic que j’entendais au micro. Je signalais les menaces, les agressions, la violence, les comportements pédocriminels que je soupçonnais ou voyais évoqués, les faux profils et l’ambiance générale du site.
Je ne prétends pas que chaque signalement contenait déjà la compréhension complète de ce que les enquêtes révéleraient ensuite. Je voyais des morceaux. Je sentais que quelque chose pourrissait. J’alertais avec les mots que j’avais à l’époque. Mais je ne voyais pas encore la totalité du système.
Ce qui me rendait fou, c’était le contraste. Les règles d’AdSense étaient déjà longues, précises, sévères. Un petit éditeur pouvait être sanctionné pour un clic suspect ou une formulation maladroite. Moi-même, j’ai été banni une fois pour incitation au clic. Pendant ce temps, j’entendais sur Coco des appels répétés à cliquer sur les publicités et je voyais toujours les annonces Google s’afficher au-dessus des salons.
Je ne comprenais pas pourquoi mon petit site pouvait tomber si vite, tandis qu’un chat aussi énorme, aussi bruyant et aussi signalé semblait continuer à rapporter.
Le petit compte puni, la grosse machine maintenue
C’est là que Coco rejoint directement ma chronique sur AdSense. Le problème ne se limite pas à une plateforme ancienne et sordide. Il pose une question beaucoup plus large : les règles sont-elles réellement appliquées avec la même force à celui qui rapporte beaucoup et à celui qui ne pèse presque rien ?
Je ne possède pas les tableaux internes de Google de l’époque. Je ne peux pas affirmer quel employé a vu quel signalement, ni quelles vérifications ont été faites. Mais je peux montrer que les publicités Google étaient présentes. Je peux témoigner des appels au clic entendus au micro. Je peux raconter mes alertes. Et je peux constater que la monétisation a continué pendant des années.
Chez le petit, un soupçon peut devenir une exclusion. Chez une plateforme rentable, une accumulation de signaux peut devenir un risque commercial géré en arrière-plan.
J’ai développé cette réflexion plus largement dans AdSense, ou la liberté qui demande une validation. Mais Coco donne à cette idée une matière concrète, ancienne et profondément personnelle.
En 2026, Ouest-France met des mots sur le paradoxe
Le 29 avril 2026, Ouest-France a publié une enquête intitulée « Le site Coco rapporte encore, et ce sont les géants Google et Stripe qui en assurent les recettes ».
Selon cette enquête, Cocoland, présenté comme la continuation de Coco, aurait utilisé cinquante-deux comptes publicitaires Google différents. Le journal décrit un mécanisme de remplacement des comptes fermés par de nouvelles identités, une pratique appelée « contournement de bannissement ». Ouest-France relie également la publicité à Google et les paiements en ligne à Stripe.
Ce passage est essentiel, parce qu’il ne repose plus sur mon seul souvenir de 2011. Plus de vingt ans après mes premières années sur Coco, une enquête journalistique décrit encore une plateforme capable de continuer à monétiser son audience par l’intermédiaire de géants américains, malgré son histoire judiciaire et malgré les interdictions annoncées par leurs propres règlements.
Je ne confonds pas l’ancien Coco.fr, fermé en 2024, et chaque copie ou réapparition ultérieure. Je ne prétends pas non plus connaître personnellement l’identité des administrateurs du Cocoland de 2026. Je rapporte ce que l’enquête de Ouest-France affirme et je le distingue de mes archives personnelles de 2011.
Ce que je ne pouvais pas encore imaginer
Le site Coco a été fermé par la justice en juin 2024. Il avait été cité dans plus de 23 000 procédures judiciaires en moins de quatre ans. Son nom a été relié aux viols de Mazan, parce que Dominique Pelicot y avait recruté des hommes. Il a aussi été associé publiquement à des affaires de pédocriminalité, de prostitution de mineurs, de trafics, d’extorsion, de guets-apens homophobes et de violences graves.
Isaac Steidl, le fondateur, a été mis en examen en janvier 2025 pour plusieurs chefs cités par Ouest-France, notamment liés aux stupéfiants, aux images pédopornographiques, à la corruption de mineurs et à l’association de malfaiteurs. Une mise en examen n’est pas une condamnation, et je respecte cette distinction. Mais l’ampleur du dossier judiciaire montre que le malaise que beaucoup ressentaient autour de Coco n’était pas une simple susceptibilité de tchatteur.
Quand j’étais devant mon écran au début des années 2000, je savais qu’il y avait des faux profils, des arnaques, des humiliations, des menaces et des salons sales. Je n’aurais jamais imaginé que le même univers finirait par rejoindre des affaires de viols, de pédocriminalité, de guets-apens mortels et de criminalité organisée.
Je voyais déjà la fumée. Je n’imaginais pas l’incendie derrière les murs.
Alina, la personne qui n’existait pas
Une de mes expériences personnelles reste difficile à raconter. Il y avait une fille appelée Alina. Ou plutôt une identité qui se présentait ainsi. Avec le temps, j’ai compris que la personne annoncée n’existait pas de la manière dont elle m’avait été présentée.
J’ai failli tomber dans un guet-apens. Une femme de mon entourage est intervenue et m’a empêché de faire l’erreur. À l’époque, j’étais encore jeune, autour de vingt-sept ans pour cet épisode. Je n’avais pas la distance que j’ai aujourd’hui. J’étais capable de croire à une rencontre, à une personne, à une histoire construite derrière un pseudo.
Je ne publie pas ici d’accusation nominative contre une personne réelle. Je ne sais pas aujourd’hui qui se trouvait exactement derrière chaque compte, chaque message et chaque mise en scène. Je raconte seulement ce qui m’est arrivé : une identité fausse, une situation dangereuse et l’intervention d’une personne qui m’a évité de tomber dans le panneau.
Quand on sait maintenant combien de guets-apens ont été préparés sur Coco, cette vieille histoire prend une autre couleur. Elle ne devient pas automatiquement une affaire criminelle prouvée. Mais elle cesse d’être un simple souvenir bizarre de chat.
La charte disait une chose, le site vivait l’inverse
Les règles de Coco prétendaient interdire les insultes, la vulgarité, les messages commerciaux, la pornographie, la débauche sexuelle et les messages pédophiles. Sur le papier, tout était propre. Dans les salons, l’écart pouvait être immense.
InsultoMic existait. Les conversations sexuelles étaient visibles. Les menaces et les humiliations faisaient partie du décor. Les utilisateurs pouvaient voter et bannir en fonction d’une hiérarchie de couronnes. Les abonnés Premium bénéficiaient d’une protection supérieure. Et au-dessus de tout cela, les publicités Google continuaient à s’afficher.
C’est peut-être cela qui m’a le plus marqué : la coexistence permanente entre une règle officielle et une réalité contraire. Le système pouvait toujours répondre qu’il avait un règlement. Les régies pouvaient toujours répondre qu’elles avaient une charte. Les plateformes pouvaient toujours dire qu’elles interdisaient les abus. Mais le visiteur, lui, voyait ce qui se passait réellement à l’écran.
Ce que mes images prouvent, et ce qu’elles ne prouvent pas
Je veux être précis, parce que la force d’un témoignage ne vient pas de l’exagération.
Mes captures prouvent l’existence des salons vocaux, d’InsultoMic, des webcams, des listes de connectés, des couronnes, des niveaux, des pouvoirs de vote, des bannissements, du Premium et des publicités portant la mention « Annonces Google ». Elles montrent également un environnement très permissif, vulgaire et conflictuel.
Mes captures ne peuvent pas enregistrer les phrases prononcées au micro. L’incitation répétée à cliquer sur les publicités reste donc un témoignage oral, porté par Gisèle et moi. Elles ne prouvent pas non plus, à elles seules, l’identité réelle de chaque pseudo, l’intention de chaque administrateur ou la totalité des crimes commis plus tard par certains utilisateurs.
Je ne publierai pas les images pornographiques retrouvées dans le dossier, ni les visages de personnes dont je ne peux pas vérifier l’identité, ni les conversations privées inutilement humiliantes. Le but n’est pas de refaire le spectacle de Coco sur mon propre site. Le but est de documenter son fonctionnement.
Vingt ans pour entendre ce qui criait déjà
Le plus dur, c’est peut-être cela : j’ai passé beaucoup de temps à dénoncer ce site, et personne ne semblait réellement écouter. Google ne m’a pas donné le sentiment d’entendre mes signalements. Les publicités continuaient. Le site continuait. Les gens continuaient à s’insulter, à se menacer, à manipuler, à se faire passer pour d’autres.
Il a fallu plus de 23 000 procédures, 480 victimes établies, l’affaire de Mazan et une fermeture judiciaire pour que Coco devienne enfin, aux yeux du grand public, autre chose qu’un vieux chat glauque.
Je ne dis pas que j’avais prévu l’affaire Mazan. Je ne dis pas que je connaissais tout. Je dis que j’avais vu suffisamment de signes pour comprendre que ce site ne pouvait pas être traité comme une plateforme ordinaire. Je dis que j’ai alerté. Je dis qu’il y avait déjà un problème évident de violence, de modération, d’argent et de pouvoir.
Et je dis que les grandes entreprises qui prétendent appliquer des règles strictes devraient répondre à une question simple : combien faut-il de signaux avant qu’un site rentable cesse d’être seulement un bon client ?
Le lion blessé n’a pas gagné, mais il n’a pas détourné les yeux
Je me vois un peu comme ce lion blessé face à une meute beaucoup plus puissante. Google, les régies, les plateformes, les dirigeants, les services juridiques, les réseaux d’argent : tout cela est démesuré face à un homme seul qui garde des captures dans un dossier.
Je sais qu’un petit site ne peut pas gagner contre tout le monde. Je sais qu’une chronique ne renversera pas Google, Stripe, les empires publicitaires ou les systèmes qui protègent mieux leurs revenus que les êtres humains. Mais il reste une chose que je peux faire : écrire ce que j’ai vu, conserver les traces et refuser que l’histoire soit réécrite comme si personne n’avait rien remarqué avant les gros titres.
Le lion sait peut-être qu’il va vers son dernier combat. Il y va quand même. Pas parce qu’il croit être invincible. Parce qu’il refuse que la peur décide à sa place.
Coco était le site qui cassait les glandes. Il était aussi un laboratoire brutal de ce que le web allait devenir : attention captée, violence rentable, hiérarchie artificielle, Premium protecteur, identités floues, publicité omniprésente et règles appliquées de manière inégale.
Et derrière le palmier ridicule, il y avait bien plus.
Repères utilisés pour cette chronique
Cette chronique repose sur trois niveaux clairement distingués :
Mes archives personnelles : captures de Coco.fr principalement datées de 2011, conservées dans leur version originale et publiées ici sous forme de copies sélectionnées ou anonymisées.
Mon témoignage et celui de Gisèle : incitations au clic entendues au micro, climat des salons, faux profils, épisodes personnels et signalements adressés à Google ou AdSense.
La source institutionnelle : le communiqué d’Eurojust du 1er juillet 2024 sur la fermeture de la plateforme, les infractions facilitées, les procédures judiciaires et les fonds gelés.
La source journalistique récente : l’enquête de Ouest-France du 29 avril 2026 sur la réapparition de Cocoland, sa monétisation par Google et Stripe et l’utilisation alléguée de multiples comptes publicitaires.